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Coup de coeur ciné du mois

25 mars 2013 par

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40 ANS MODE D’EMPLOI

un film de Judd Appatow
avec Paul Rudd, Leslie Mann, Maud Appatow…

Distributeur : Universal Pictures International France
Durée : 2h14 min

Date de sortie : 13 mars 2013

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Viens à la maison,

Pete et Debbie, parents de deux enfants, Charlotte et Sadie, vont devoir négocier le tournant de la quarantaine et tenter de sauver leur couple.

Y’a le printemps qui chante

Apparemment rien de nouveau sous le soleil. Pete, Debbie et les enfants, sont en apparence la famille américaine « tout droit sorti d’une publicité pour une banque ». Ils sont aussi beaux que leur grande maison, il y a des gâteaux d’anniversaire en forme de guitare, on fait du vélo, du trampoline et on regarde Bob l’éponge tous ensemble dans le lit very king size.

Sauf que lui, produit des disques – qui ne se vendent pas – au lieu de les faire. Elle, commence fermement à s’ennuyer dans cette prison dorée, et eux, ne se regardent plus. De manière assez logique, tout finit par s’en ressentir dans le pantalon.

Alors quoi, encore un énième film sur les états d’âmes d’hommes et femmes en mal de liberté ? Où est l’intérêt de se manger deux heures de problèmes conjugaux ?

Judd Appatow. Si son nom ne vous évoque rien, il n’est jamais trop tard. Il est le pape de la comédie grasse et subversive, le king de l’humour potache et pas sage, mais sous cette apparence superficielle et élitiste, il y a là un regard tendre et acide sur une Amérique qui a le vernis qui craque.

A défaut d’avoir pu faire du stand up, Appatow devient scénariste et sait très vite s’entourer : Ben Stiller, Adam Sandler, Jim Carrey…

Il est découvreur de talents : James Franco, Seth Rogen. producteur de films : Supergrave de Greg Mottola, Mes meilleures amies, de Paul Feig. mais aussi de séries, Girls, et bien sûr, il a la casquette de réalisateur : 40 ans toujours puceau, En cloque mode d’emploi, Funny People.

Comme les grands comiques américains, il est son propre sujet, son quotidien et ses états d’âmes, il les passe au microscope de sa caméra.

40 mode d’emploi ne déroge pas à la règle en ce qu’il a de personnel – sa femme et ses propres enfants sont à l’écran, de nombreuses anecdotes sont tirées de sa vie et même le quartier où est tourné le film est le sien – Appatow se sert de ses maux de quarantenaires pour faire la radiographie de sa famille. Il brise des tabous, laisse de grandes pages d’improvisations à ses acteurs, les fait beaucoup parler, toujours, et impose sa patte très reconnaissable, celle d’un jazzman du sentiment où tout est dans le rythme et l’harmonie, entre humour frôlant le vaudeville – la scène d’ouverture sur le viagra – une tendresse quasi documentaire – l’anniversaire en petit comité – et un style débridé dont il est l’inventeur – le week-end en amoureux -.

Le portrait de ce couple en mal d’amour et d’imagination, est tour à tour touchant, drôle, pathétique, mais aussi dur et cynique.

Inspiré de ses modèles James L. Brooks et Woody Allen, il va même chercher chez Cassavetes ce regard clinique sur ses personnages – la scène où Pete pleure dans la voiture – et cette approche pavillonnaire du portrait familial – le quartier devient un acteur -.

Son avatar interprété à l’écran par Paul Rudd, sonne toujours juste et Leslie Mann, sa – vraie – femme, est filmée dans un écrin. A noter que 40 mode d’emploi est un spin off – film qui raconte l’histoire de personnages que l’on a pu voir dans un autre film – tiré de sa deuxième réalisation, En cloque mode d’emploi, qui radiographiait les dommages collatéraux de l’arrivée de la paternité dans la vie de jeunes trentenaires.

Pete et Debbie étaient alors les meilleurs amis du couple en cloque.

Il y a donc dans l’oeuvre de Judd Appatow ce fil tendu, où son évolution d’homme, de père et d’artiste n’a de cesse d’étoffer sa « saga ».

Certes moins irrévérencieux, geek et gras que l’ère Supergrave, Judd Appatow n’ a rien perdu de sa verve et livre une comédie vivifiante, qui, si elle peut paraitre un peu longue, a le mérite d’être très efficace.